Prison centrale de Cyangugu, Rwanda 2004 © Carina Tertsakian
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Chapitre I — Extrait

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Dans l’annexe de la Prison centrale de Butare, connue sous le nom de Rwandex, des prisonniers dorment en plein air sur les fosses septiques situées sous l’accès principal dans deux des blocs. Une ou deux fois par mois, il faut excaver l’accès à l’aide de barres métalliques pour vider les fosses septiques dans les canalisations d’égout qui traversent la prison. La vidange prend 24 heures. L’équipe de prisonniers responsable des travaux d’hygiène travaille toute la nuit. Pendant le nettoyage, les prisonniers qui vivent à cet emplacement doivent aller trouver un autre endroit pour dormir. Nous avons rencontré un prisonnier qui pendant 16 mois a dormi chaque nuit par terre au-dessus des fosses septiques : « Depuis que je suis arrivé à Rwandex, je dors au-dessus des fosses septiques. Ça sent très mauvais. Elles sont vidées régulièrement et ça pue vraiment. Les nuits de vidange, on marche en rond. On appelle ça abari ku izamu (faire le gardien de nuit). »

Chaque aspect de la vie carcérale au Rwanda est défini par la surpopulation. Le premier indice, c’est le bruit. À Nsinda, on accède à la prison par un sentier calme qui passe entre de petites maisons, quelques échoppes, des vergers et des champs de légumes. Au fur et à mesure que l’on se rapproche de la prison, une sorte de bourdonnement semblable à celui que produiraient des milliers d’abeilles se fait entendre de l’intérieur de l’enceinte de la prison à quelques dizaines de mètres de là. Ce sont les prisonniers qui parlent, travaillent ou vaquent à leurs occupations quotidiennes. Dans d’autres prisons, aucun son ne s’échappe vers l’extérieur, mais dès que les surveillants ouvrent le portail pour laisser passer quelqu’un, la clameur monte et nous submerge. Une fois à l’intérieur, après quelques instants, on n’y fait même plus attention.

La plupart des blocs que nous avons traversés étaient si sombres qu’il nous fallait un moment pour que nos yeux s’habituent à l’obscurité. Le long des passages étroits, nous craignions de trébucher ou de heurter quelqu’un. Certaines prisons ont l’électricité, mais l’approvisionnement est irrégulier, et dans les blocs que nous avons visités pendant la journée, il n’y avait pas de lumière. La prison de Nsinda dispose de tentes au lieu de blocs et d’un espace plus grand entre les tentes où les prisonniers peuvent se promener. Mais à l’intérieur de chaque tente, on retrouve la structure en trois lits superposés, semblable à celle qui existe dans les autres prisons, et la même obscurité oppressante dans laquelle sont entassés des centaines de prisonniers. Dans certaines prisons, les prisonniers ont continué de déployer des efforts pour se trouver de nouveaux lieux de vie dans un espace déjà limité : ainsi, à Cyangugu, des prisonniers ont construit une nouvelle structure de « couchage » dans la cour, appelé gariyamoshi (le train, en Swahili) car il est en métal. Les prisonniers qui y vivent disent habiter dans le train. Au début, le train était recouvert de sacs, mais les sacs ont très vite été déchirés.

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Le livre est actuellement disponible en anglais. La version française sera publiée prochainement.

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