Prison centrale de Cyangugu, Rwanda 2004 © Carina Tertsakian
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Chapitre I — Extrait

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Jusqu’en 2003, dans la prison de Butare, les prisonniers dormaient encore dans les douches, dans les toilettes ou sur des plateformes de fortune installées au-dessus des toilettes. Ils dormaient également sur les toits, à la belle étoile. En 2004, le toit, auquel on accède par une longue échelle raide, reste surpeuplé mais plus personne n’y dort. C’est là que les cours sont dispensés. Des groupes de quinze ou vingt prisonniers se rassemblent devant un tableau noir sous un soleil ardent. Il n’y a pas d’endroit pour s’abriter. Tout autour d’eux, sur la tôle ondulée des toits, les prisonniers font sécher leurs couvertures, qu’ils ont hissées à l’aide de longues perches de bois. Le toit offre une vue très dégagée sur les collines verdoyantes qui entourent la prison, les champs et les gens au loin, de grands espaces, le monde extérieur.

Dans la prison de Gitarama, une fois le portail d’entrée franchi, la première cour intérieure pullule de monde. C’est comme si un rassemblement avait lieu à cet endroit en prévision d’une réunion ou d’un événement important. En fait, les prisonniers sont tout bonnement là parce que c’est là qu’ils vivent. C’est le même spectacle qui s’offre à nos yeux dans l’une des grandes salles intérieures qui, auparavant, servait de chapelle. Cette immense pièce est pleine de gens : certains sont debout, d’autres assis, d’autres encore, allongés, comme s’ils attendaient quelque chose. Trois-cent-vingt prisonniers vivent dans la chapelle et, comme à Butare, ils dorment sur des bancs. Un peu plus loin, une odeur nauséabonde s’échappe des cuisines et, tandis que nous passons à proximité, des tourbillons de fumée âcre et de cendres viennent nous piquer les yeux. Des prisonniers vivent et dorment juste à côté des cuisines où ils sont directement exposés aux fumées. Quelques prisonniers passent rapidement en fermant les yeux, mais la plupart restent assis à cet endroit où ils passent leurs journées et leurs nuits. À l’intérieur des blocs surpeuplés, il fait sombre. La majorité des prisonniers sont allongés ou assis dans leur château. Certains jettent un œil à travers des rideaux sommaires. Ils ne semblent pas surpris par notre présence. Quelques-uns sourient et nous saluent. La plupart nous fixent du regard en silence. Leur expression n’est pas vide : c’est un regard direct, perçant, difficile à interpréter. Lors de mes premières visites dans les prisons, je me souviens avoir été confrontée à un océan de regards intenses, méfiants, provocants, voire agressifs, mais tous pleins d’attente. Plusieurs années après, la dureté et l’attente ont disparu, laissant place à une résignation lasse.

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Le livre est actuellement disponible en anglais. La version française sera publiée prochainement.

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